Un exemple de panique morale : Manhunt

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Un exemple de panique morale : Manhunt
Yann Leroux
22 octobre 2018

Manhunt

En 2004, les jeux vidéo sont pointés du doigt à la suite du meurtre de Stefan Pakeerah, 14 ans par Warren LeBlanc, 17 ans. À son procès, il plaide coupable et décrit les terribles minutes pendant lesquelles il a asséné des coups de marteau à Stefan Pakeerah après l’avoir attiré à l’écart dans un parc de la ville de Leicester.

Pour les média, le lien avec les jeux vidéo est évident. Le Guardian titre : Killing “incited by videogames” dans son édition du 29 juillet 2004 tandis que le Daily Mail fait un lien plus direct encore en titrant “Murder by Playstation”.

Le jeu vidéo en question, Manhunt, a été développé par Rockstar pour la Playstation, la XBOX et le PC. Il est décrit comme un jeu d’infiltration et d’action sanglant et brutal dans lequel le joueur incarne James Earl Cash, un condamné a mort qui échappe à la sentence finale en acceptant de participer a une émission de télévision dans laquelle sa vie est en jeu.

L’annonce de la mort de Stefan Pakeerah et son association par la presse au jeu Manhunt amène un certain nombre de commerçants à le retirer de la vente. Cependant, les ventes du titre de Rockstar augmentent dans la même période.

Dans la presse,Gisele Pakeerah affirme qu’elle a l’intention de faire un procès à l’éditeur du jeu. Les média commencent alors à généraliser la discussion en interrogeant les effets des jeux vidéo violents. Des appels à un meilleur contrôle voir même a une interdiction complète de ces jeux sont lancés. Un membre du Labour, Keith Vaz fait campagne contre la violence des jeux vidéo. Le Premier ministre, Tony Blair, affirme que les enfants doivent être protégés de jeux de ce type. Dans différents pays, le jeu fait l’objet de mesures spéciales. Le Canada limite son usage aux adultes. En Allemagne, il est retiré de la vente parce qu’il décrit le meurtre comme un passe-temps amusant. L’Australie refuse sa classification, et donc empêche sa mise en vente. La Russie l’interdit a la suit d’une tuerie de masse en 2012

Cependant, les preuves que Manhunt soit lié au meurtre de Stefan Pakeerah sont bien plus faibles que les raccourcis de la la presse le laissent supposer. Un commentateur avisé, Guy Cumberbatch affirme “L’essence de l’histoire tient dans le fait que a) la police a saisi le jeu vidéo Manhunt comme preuve; b) que le père du meurtrier ait affirmé “la manière dont Warren a commis ce meurtre – ca se passait comme ça dans le jeu – tuer des personne en utilisant des armes comme des marteaux et des couteaux. Il y a un lien entre le jeu et ce qui a été fait”; c) La mère de Stefan, Gisele, qui affirme “”Je pense avoir entendu des amis de Warren dire qu’il était obsédé par le jeu”

Dans les faits, une copie Manhunt a été trouvée chez la victime alors que Warren LeBlanc, en dépit d’être décrit comme “obsédé” par le jeu n’en possédait pas.

Manhunt est un bon exemple de la panique morale qui entoure les jeux vidéo. Un fait tragique est rapporté de manière sensationnelle et biaisée. Le comportement violent d’une personne est expliqué d’une manière simple. Des entrepreneurs moraux et des experts interviennent dans l’espace public. Ils appellent a la construction de nouvelles barrières pour protéger la population du danger des jeux vidéo violent. La focalisation sur un cas laisse de côté que la très grande majorité des jeux vidéo ne sont pas violents et que les média n’ont jamais été associés directement à des meurtres

SOURCE

Cumberbatch, G. (2004). Video violence: Villain or victim. A review of the research evidence concerning media violence and its effects in the real world with additional reference to video games: The Communications Research Group.

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