Avez-vous lu ? Dreier et coll. (2012) The development of adaptive and maladaptive patterns of internet use among european adolescents at risk for internet addictive behaviors

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Avez-vous lu ? Dreier et coll. (2012) The development of adaptive and maladaptive patterns of internet use among european adolescents at risk for internet addictive behaviors
Yann Leroux
11 décembre 2019

L’impact de l’Internet sur le développement des adolescents est un sujet important de la cyberspsychologie. L’investissement important de certains adolescents de l’Internet ou de ses applications a fait l’objet d’une attention particulière de la part des chercheurs. Des expressions comme “addiction à l’Internet”, “usage problématique de l’Internet” , “utilisation compulsive de l’Internet”, “utilisation pathologique et problématique de l’Internet”, “cyberdépendance” ont été utilisées pour caractériser cet investissement. Cependant, malgré leurs efforts, les résultats de la recherche sont faibles comme le montrent l’absence de définition consensuelle d’un éventuel trouble addictif à l’Internet

Une des difficulté du construit “addiction à l’Internet” est que son cycle de vie est inconnu. On ignore à partir de quoi elle se développe, comment elle s’insère dans le contexte des challenges l’adolescence, et comment elle se termine. C’est à ces questions qu’une équipe de chercheurs dirigés par M. Dreier a tenté de répondre dans une recherche intitulée The development of adaptive and maladaptive patterns of internet use among european adolescents at risk for internet addictive behaviors: a grounded theory inquiry. publiée dans la revue European Psychiatry

  • Une méthodologie qualitative


Les chercheurs ont utilisé une méthodologie qualitative qui part des expériences des adolescents eux-mêmes. Cela permet d’éviter de constituer une liste de problèmes regroupés sous l’étiquette “addiction” sans lien avec les difficultés des personnes. 124 adolescents de 14 à 17 ans de 7 pays européens ayant un score à l‘Internet Addiction Test de plus de 40 points ont été interrogés dans des entretiens semi-structurés de 45 minutes en moyenne. Les entretiens ont ensuite été codés et répartis par les chercheurs dans 440 concepts et 78 catégories. Cette masse de données importante permet de mieux comprendre comment les usages problématiques de l’Internet se créent, se maintiennent et disparaissent.

  • Des chemins numériques multiples

En effet, à partir du codage des entretiens, les chercheurs dressent une cartographie des chemins empruntés par les adolescents dans leurs utilisations numériques. Ils notent un point de départ commun : tous les adolescents grandissent comme créateurs de contenus. Ils sont constamment en ligne à la fois parce que les contenus sont disponibles et parce que l’adolescence est une période ou les désirs de connexion et d’information sont importants. Les motivations peuvent être différentes puisque les adolescents peuvent aller vers le réseau par curiosité, pour avoir des réponses, pour être en lien avec leurs amis, pour se découvrir ou simplement pour faire quelque chose.

Une fois que les adolescents ont compris que leurs besoins peuvent être facilement satisfaits en ligne, l’utilisation du réseau explose. C’est à partir de ce moment que les adolescents sont engagés continuellement sur le réseau. Leur principale motivation est alors de maintenir des liens avec leurs amis en utilisant les applications du réseau. Ces applications facilitent la vie des adolescents, soit parce qu’elles diminuent des barrières personnelles comme la timidité, parce qu’elles permettent de laisser derrière soi les problèmes, ou encore qu’elles permettent à l’adolescent de se découvrir. Parce que l’adolescence est une période pendant laquelle les stresseurs externes (pression scolaires, pairs, parents) et internes (puberté) augmentent, les adolescents peuvent auaussi utiliser le réseau pour faire face aux challenges de cette période.


Le fait que les activités numériques des adolescents soient au service de mécanismes de défense et de copinq est une chose bien connue. La recherche actuelle apporte de nouvelles connaissance en décrivant les chemins qui conduisent les adolescents dans un impasses ou qui les amènent a davatantage de croissance personnelle. Les activités en ligne ont diverses  conséquences qui dépendent de la balance des investissement des activités en ligne/hors ligne de l’adolescent.   Alors que les préadolescents ont tous les même comportements en ligne, les adolescents sont très différents en fonction de leurs engagements en ligne qui dépendent du rôle que l’Internet joue dans leur vie et des stratégies qu’ils utilisent pour gérer leur présence en ligne. Pour certains adolescents, l’Internet est l’occasion d’apprentissages et de prises de conscience tandis que pour d’autres il est un remède contre l’ennui ou un trou noir duquel ils voudraient sortir.

Ainsi, certains adolescents se décrivent comme dépendant du réseau ou de certaines applications. Les comportements de ces adolescents sont caractérisés par un haut investissement du réseau et un faible investissement des activités hors ligne. Les usages problématiques sont liés a des stratégies négatives comme le fait de normaliser des pratiques excessives ou être incapable de donner la priorité aux bonnes activités. L’utilisation excessive de l’Internet est associée à des symptômes comme des maux de tête, des troubles du sommeil ou des nausées

  • Les acivités numériques se comprennent au regard des activités non-numériques

Les chercheurs montrent que le construit “addiction à l’Internet” renvoie à des choses très différentes comme le désinvestissement d’activités hors ligne même lorsqu’elles sont importantes pour l’adolescent, le désir intense d’utiliser une application de l’Internet, la perte d’intérêt pour des activités qui étaient préférentiellement ou encore des réactions qui vont de l’agression à la dépression lorsque l’accès à l’application est impossible


Un engagement fort de de l’Internet peut être provoqué par l’intense ennui qui accable parfois les adolescents. Dans ce cas, les adolescents vont vers l’Internet moins pour les satisfactions qu’ils y trouvent que pour les satisfactions qu’ils ne trouvent pas dans le monde hors ligne. Le temps passé sur Internet est un temps occupé à procrastiner et à faire en sorte que le temps passe.

Ces expériences problématiques sont parfois corrigées par les adolescents eux-mêmes. Dans ce cas, les pratiques inadaptées peuvent alors être dépassées. Il arrive tout simplement que l’adolescent finisse par se lasser de l’application. D’autres font des efforts conscients pour corriger leur comportement. Dans les deux cas, les adolescents passent par des cycles dans lesquels les périodes d’engagement importante et faible l’Internet se succèdent. 

Un dernier groupe d’adolescents arrive  à concilier les engagements de leurs vies en ligne avec ceux de leurs vies hors ligne. Ils sont hautement investis dans différents contextes qu’ils soient en ligne ou hors ligne. Ainsi, le désir intense d’utiliser une application numérique n’est pas nécessairement le signe d’un processus pathologique et encore moins celui d’une addiction.

  • Des stratégies adaptées et inadaptées

Même pour des adolescents nés dans un siècle numérique, l’Internet est un média complexe. Apres le temps de la séduction et de la découverte de la préadolescence, les adolescents doivent apprendre a gérer leurs activités dans un contexte ou les pressions internes et externes sont de plus en plus importantes. Les entretiens menés par Dreier et ses collègues montrent que les adolescents utilisent différentes stratégies pour arriver à concillier les impératifs de l’adolescence, les exigences externes et les propriétés du réseau.

Sans surprise, certaines stratégies sont adaptées et d’autres ne ne sont pas. La capacité à s’auto-surveiller, à se limiter, à établir des priorités, a explorer de nouvelles alternatives offline et a accepter les restrictions imposées par une autorité font partie des éléments qui aident les adolescents a avoir une une utilisation positive de l’Internet

En résumé, la recherche montre

  • L’utilisation de l’Internet traduit des mécanismes de coping qui peuvent être adaptés ou inadaptées
  • Les usages problématiques de l’Internet sont une conséquence de problèmes préexistant.
  • Les usages problématiques de l’Internet peuvent s’expliquer sans le construit “Addiction à l’Internet”
  • Les usages problématiques de l’Internet sont le résultat d’un processus qui dépend des expériences vécues en ligne et hors-ligne
  • Les usages problématiques de l’Internet dépendent de l’équilibre entre les activités numériques et les activités non-numériques.

Mon point de vue

  • La recherche décrit admirablement les chemins complexes qui mènent a différents usages de l’Internet.
  • Les usages de l’Internet sont dynamiques : un adolescent peut avoir un usage problématique pendant un moment et trouver les ressources pour construire d’autres usages. Inversement, un adolescent peut glisser vers un usage problématique de l’Internet alors qu’il s’en servait d’une manière adaptée.
  • L’adolescence est un moment charnière du développement. les usages problématiques de l’Internet illustrent pour une par les échecs et les difficultés que les adolescents rencontrent durant cette période.
  • Le role de l’environnement familial, éducatif, amical est primordial. Les usages problématiques de l’Internet sont le signe que les besoins fondamentaux de relation, d’autonomie ou de performance de l’adolescent ne sont pas satisfaits hors-ligne.



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