Les smartphones ne nuisent PAS aux adolescents.

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Les smartphones ne nuisent PAS aux adolescents.
Yann Leroux
2 septembre 2019
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Alors que le monde se numérise à la vitesse grand V, l’utilisation que les adolescents ont de leurs smartphones continue de susciter des inquiétudes. Les smartphones sont régulièrement accusés de couper les adolescents de la “vraie vie”, de les empêcher d’avoir les expériences qui leur sont utiles pour leur développement voir même de créer de nouveaux troubles comme le FOMO ou l’addiction au smartphone. 

Ces inquiétudes sont compréhensibles. L’adolescence est un moment clé du développement comme le montre le fait que la moitié des troubles mentaux commencent durant cette période. Il est donc nécessaire de protéger ce moment de développement de toute influence fâcheuse.

Cependant, contrairement à une croyance bien ancrée, les smartphones ne sont pas un obstacle au bon développement des adolescents. Le temps que les adolescents passent en ligne et sur leurs smartphones n’est pas associés à des troubles de santé mentale. Une étude récente menée par Jensen, George, Russell et Odger ont interrogé 2000 adolescents de 9 à 15 ans de l’état de Caroline du Nord (USA) plusieurs fois par jour sur des symptômes de santé mentale. Les adolescents devaient également quotidiennement répondre à des questions sur leur utilisation des applications numériques. Une année plus tard, 400 adolescents de ce groupe ont été à nouveau suivis par les chercheurs. Les résultats de cette étude longitudinale ne montrent pas de lien entre l’utilisation des applications numériques et des symptômes de santé mentale.

L’étude trouve par ailleurs quelques bénéfices à utiliser le smartphone. Par exemple, les adolescents qui envoient le plus de message sont ceux qui ont les niveaux de dépression les plus bas. Les auteurs montrent également que les adolescents ne vont pas moins bien lorsqu’ils utilisent plus les applications numériques. Leur santé mentale n’est pas non plus moins bonne lorsqu’ils utilisent moins les applications numériques.

Cette étude va dans le sens d’une publication antérieur de Jelenchick, Eichhoff et Moreno qui n’avaient pas trouvé de lien entre l’utilisation des réseaux sociaux et la dépression et surtout de l’immense méta-synthèse de Orben et Przybylski (2019) qui montré que la santé mentale des adolescents et l’utilisation des smartphones était faiblement corrélée. On est donc loin des alarmes de Kross et ses collègues qui affirmaient que Facebook sapait le bien-être des adolescents

Toutes ces études indiquent deux choses importantes. La première est que le rôle des média dans le développement des adolescents est toujours minime. Ce résultat rejoint les études faites sur l’influence de la télévision sur les enfants et les adolescents. Ce sont les personnes avec lesquelles les adolescents interagissent qui sont les principales sources d’influences positives et négatives. parmi ces personnes, les parents sont bien évidement les premiers pourvoyeurs de bonne et mauvaise santé mentale.

Le second élément à retenir est que pour comprendre la part que les média jouent dans le développement des adolescents, le temps est une clé trop grossière. Il faut comprendre combien de temps les adolescents passent avec les applications numériques, mais surtout comment ils le passent. Avoir du fun sur Snapchat avec des copains n’est pas la même expérience que procrastiner sur la même plateforme. 

Pour les parents, cela signifie qu’il est moins important de réguler le temps passé sur les applications numériques que de les accompagner dans les usages qui leur sont le plus utile.

SOURCES 

Kross, E., Verduyn, P., Demiralp, E., Park, J., Lee, D. S., Lin, N., … & Ybarra, O. (2013). Facebook use predicts declines in subjective well-being in young adults. PloS one, 8(8), e69841.

Jelenchick, L. A., Eickhoff, J. C., & Moreno, M. A. (2013). “Facebook depression?” Social networking site use and depression in older adolescents. Journal of Adolescent Health, 52(1), 128-130.

Jensen, M., George, M. J., Russell, M. R., & Odgers, C. L. (2019). Young Adolescents’ Digital Technology Use and Adolescents’ Mental Health Symptoms: Little Evidence of Longitudinal or Daily Linkages. Clinical Psychological Science, 2167702619859336.

Orben, A., & Przybylski, A. K. (2019). The association between adolescent well-being and digital technology use. Nature Human Behaviour, 3(2), 173.

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