Je me souviens encore d’un temps où lorsque où les idées cheminaient longtemps en moi. J’en écrivais parfois quelque chose sur du papier ou avec un ordinateur, mais c’était uniquement à mon usage personnel. Aujourd’hui, avec le web, et surtout avec le Web 2.0 et les services de micro-blogging à la Twitter, les choses ont totalement changé. J’ai tendance à distribuer l’idée sur les réseaux à partir du moment ou une formulation suffisamment claire s’est fait en moi. Parfois, c’est même à l’occasion du partage que la formulation se précise.
Nos économies psychiques auraient-elles tendance à aller dans le sens d’une économie distribuée ? Vont-elles fonctionner comme des réseaux distribués dans lesquels les ressources ne sont pas centralisées.
Si cela devait être le cas, ce serait alors un grand changement car il touche à la manière dont nous pensons
Une grande partie de notre fonctionnement psychique repose sur le fait que nous avons établi des frontières claires et définitives entre nous et les autres. Ce que nous vivons dans l’enclos de nos pensées, nous seuls le savons, et nous le savons de façon certaine. .
En confiant à d’autres une pensée aussitôt que nous l’avons pensée, nous nous privons du moyen de la digérer à l’intérieur de notre appareil psychique. Les choses se passent comme si nous avions construit un rapport phobique à nos propres pensées. Penser, et penser longuement est devenu dangereux, et il nous faut donc nous débarrasser de nos objets psychiques au fur et à mesure de leur apparition. Qu’une émotion soit ressentie devant une émission de télévision et elle se retrouve Gomiso. Quelque chose est pensé à propos de son vis à vis dans le métro ? Cela sera dit sur Twitter.
La version optimiste est d’en appeler à l’esprit de ruche ou à l’intelligence collective. Collectivement, nous élaborerions alors … mais quoi ? Le seul exemple que l’on ait pu trouvé à cette intelligence collective est Wikipédia. Mais Wikipédia ne produit pas du savoir : il le collecte et à cela, effectivement, le collectif est efficace. Mais cela n’est fait pas une intelligence.
Par ailleurs, les représentations qui courent sous cette intelligence collective sont bien trop proches de fantasmes pour que je leur porte un crédit autre que celui d’une d’une représentation fantasmée : celui d’un .essaim dans lequel les individualités disparaissent au profit de la toute puissance et de l’immortalité. Ce que les individus perdent au niveau du narcissisme, ils le récupère dans les idéalisations grandioses que procurent l’ensemble.
Ensuite parce que tous les groupes que j’ai vu fonctionner en ligne ont été bien plus habiles à mettre en jeu leur malveillance que leur intelligence. Il semble que le cyberespace ait la propriété de solliciter ce que nous avons, individuellement et collectivement, de plus malicieux. Si cela ouvre parfois sur quelques trouvailles, la malice est banalement du coté de la destructivité.
Enfin, parce que la distribution porte rarement des fruits. Ce qui n’a pas été maturé dans un appareil psychique ne le sera pas par n appareils psychiques. Les autres aussi sont tout autant affairés à expulser leurs idées, et sont sollicitées par beaucoup trop de sources d’excitation pour pourvoir se payer le luxe de réfléchir longuement à une situation.
Cette économie psychique distribuée fonctionne sur des principes très archaïques.
1. L’incapacité à penser longuement une idée et le fait de la confier à d’autres comme on jette une bouteille à la mer fait penser à la situation du nourrisson qui attend que sa mère lui interprète ses états psychiques. C’est cette interprétation qui le sort d’états de confusion et d’angoisse . Mais le réseau n’est pas une mère. Les retours sont rares. Les objets qui ont été expulsé restent tels quels.
2. Les mécanismes de dépôt est aussi une indice d’un fonctionnement archaïque. Il ne s’agit pas seulement d’un espace de dépôt comme quand on gribouille sur une feuille de papier pendant une activité ennuyeuse. L’espace Internet est utilisé comme dépôt, mais aussi les autres êtres humains qui s’y trouvent. Le mécanisme psychologique en jeu est l’identification projective, c’est à dire l’utilisation d’espaces psychiques de l’autre à ses propres fins.
Il ne s’agit pas de renoncer à l’usage des réseaux sociaux mais simplement de rappeler que les anciennes façons de penser ont leur richesses. Ils serait dangereux de les abandonner avant d’avoir pu clairement évalué les avantages et les inconvénients des nouvelles façons de penser frayés par le réseau.
Crédit photo : Inside the Hive Mind par mumchancegaloot

Pour ma part, j’avais tendance Ă parler ouvertement et Ă dire directement ce que je pensais lors de mes premiers pas sur internet (vers 96, mais en fait plus tard le temps que je trouve des communautĂ©s avec qui parler et sur lesquels je me sois plus ou moins intĂ©grĂ©, on va dire vers 99) ; le fameux effet « je suis protĂ©gĂ© par un Ă©cran » (ce qui m’empĂŞchais pas d’ĂŞtre courtois, etc…).
Puis, parmi les retours des autres personnes des communautĂ©s en question, on m’a fait la remarque « tu rĂ©flĂ©chis des fois avant de poster? ». Aussi, la plupart des communautĂ©s sont hyper modĂ©rĂ©es, surtout pour ce qui est des forums sur des jeux vidĂ©o ou de la culture qui touche aux jeunes. Maintenant un post doit ĂŞtre Ă sa place et ĂŞtre utile. Cette tendance va se renforcer au vu du souhait du gouvernement qu’on ne puisse plus dire n’importe quoi sur internet.
Ainsi au fil du temps, j’ai appris Ă la fermer et poster uniquement si j’avais vraiment bien rĂ©flĂ©chis avant. Sur certains forums je ne suis plus qu’un « Lurker » si on reprend ta catĂ©gorisation (ce qui est franchement malsain je trouve).
Pour ce qui est des rĂ©seaux sociaux, je n’ai que facebook, mon degrĂ© de libertĂ© s’est rĂ©duit Ă partir du moment oĂą j’ai eu en amis des gens que je connaissais en vrai (collègues de bureau), et encore plus que j’ai eu des gens de ma famille.
Intéressant.
Pourquoi a-t-on si peur d’une rĂ©flexion approfondie?
Une question Ă considĂ©rer, n’est-ce pas. Mais, …Plus tard, peut-ĂŞtre.
Quoiqu’il en soit, chacune de ces (micro)-contributions sont donc dĂ©posĂ©es dans le panier commun (panier percĂ©?) du rĂ©seau social.
PlutĂ´t que d’y dĂ©poser « la perle », rĂ©sultat de la fermentation puis distillation, d’une rĂ©flexion, on y dĂ©pose le produit brut.
Peut-on compter sur notre réseau social pour aider à la fermentation? Difficile.
Au mieux, sera-t-elle « travaillée de manière « rudimentaire », comme une patate chaude passant de main influente en main influencée.
Cette activitĂ© a plus de chance de se produire lors d’un « clavardage » (sur ce rĂ©seau social d’idĂ©es (cela marche moins sur les sites de rencontres, je crois).
Conclusion : Conversons plus!
Une idĂ©e, aussi rustique, immĂ©diate, incomplète soit-elle, est l’Ă©tincelle d’une conversation qui ne demande qu’Ă allumer les braises des alambics mentaux de ceux et celles qui participent « en direct » Ă cette conversation, et Ă ceux qui, par hasard, recrĂ©eraient a posteriori cette conversation (quand les interfaces d’accès Ă ces rĂ©seaux sociaux permettent aisĂ©ment cette reconstruction… Commentaires imbriquĂ©s, bonjour! reply to twit id, merci!).
Bref, si l’on veut que nos pensĂ©es se construisent via ces rĂ©seaux sociaux « ruches », il faut crĂ©er de l’interaction, il faut « frotter les cervelles ».
Ces rĂ©seaux sociaux sont des pierre de silex, l’Ă©tincelle est lĂ , prĂ©sente Ă chaque instant. Elle ne demande que la brindille de paille d’une rĂ©ponse, d’une rĂ©action pour que naisse la conversation.
Avec la conversation, la réflexion est partagée.
Donc, recréons ce type de conversation!..
Recréons la conversation philosophique de comptoir de la vie réelle au travers de ces réseaux sociaux!
Et peut-ĂŞtre alors que ces pensĂ©es brutes, exprimĂ©es « telles que », donneront lieux Ă un vrai « miel » de Savoir?…
Cette rĂ©flexion est très intĂ©ressante. Elle pose la question de l’incorporation d’un nouvel outil de communication et des consĂ©quences qu’elle peut avoir sur notre façon de penser. cette question s’est dĂ©jĂ posĂ©e lors de la diffusion de l’Ă©criture, qui tranchait avec la tradition orale prĂ©sente jusqu’alors.
il y a quelque chose Ă relever de la temporalitĂ©, dans le « jetĂ© immĂ©diatement », avant toute Ă©laboration plus avancĂ©e. oĂą est la maturation, le temps de l’insight?
WikipĂ©dia collecte du savoir, mais c’est diffĂ©rent de la connaissance qui lui implique une ingestion, une digestion, une appropriation, un Ă©change co-construit.
L’Ă©change…
Bonjour,
Belle réflexion même si je ne souscris pas à tout ;)
D’abord, ce que je trouve remarquable dans cet article :un des rares (que j’aie lu) qui pose la question des bouleversations psychologiques induites par la sur-socialisation permanente.
Ensuite cette idĂ©e tout Ă fait intĂ©ressante du rejet phobique des Ă©motions, comme une externalisation du problème sur le groupe. Je trouve cela cohĂ©rent avec mon idĂ©e d’une matrice rassurante, qui correspond d’ailleurs avec l’image que vous employez du nourrisson vis Ă vis de sa mère.
S’agissant de mes objections cependant, vous dites : « Une grande partie de notre fonctionnement psychique repose sur le fait que nous avons Ă©tabli des frontières claires et dĂ©finitives entre nous et les autres. Ce que nous vivons dans l’enclos de nos pensĂ©es, nous seuls le savons, et nous le savons de façon certaine. »
Je ne partage pas ce point de vue : notre fonctionnement psychique tient compte de manière permanente de la rĂ©ceptivitĂ© de notre comportements, nos opinions, nos dĂ©cisions par autrui. Notre pensĂ©e n’est pas dissociable des autres, elle est co-construite, avec ou sans les mĂ©dias sociaux. Et cet apprentissage psycho-social commence avec la mère qui rĂ©tribue ou sanctionne les comportements de l’enfant, comme vous le souloignez fort justement.
Ensuite je distinguerais les messages suivant leur nature : comme dirait le linguiste Jacobson, il y a la relation et le contenu. Les rĂ©seaux socaiux fonctionennt surtout sur le second : la communication pour le renforcement symbolique du lien affectif, par pour le contenu de ce qui est dit. C’est le verbiage « inutile » entre ados au tĂ©lĂ©phone qui agace tellement les parents. Le propos n’est pas important, c’est le lien qui compte.
Enfin je doiis avouer n’avoir pas tout compris Ă votre propos :)en particulier ces deux p)assages :
« une reprĂ©sentation fantasmĂ©e […] d’un essaim dans lequel les individualitĂ©s disparaissent au profit de la toute puissance et de l’immortalitĂ©. Ce que les individus perdent au niveau du narcissisme, ils le rĂ©cupère dans les idĂ©alisations grandioses que procurent l’ensemble. »
et
 » Le mécanisme psychologique en jeu est l’identification projective, c’est à dire l’utilisation d’espaces psychiques de l’autre à ses propres fins. »
Vous pouvez développer ?
Cordialement
Cyceron
@Cyrille
Effectivement, Ă chaque fois que l’on utilise le mot « certain » s’agissant de psychologie, on est certain de se tromper
Oui, nos pensĂ©es ne sont pas seulement encloses dans nos pensĂ©es. Nous avons dĂ©jĂ les dĂ©lires qui nous l’apprennent. Et nous avons aussi la vie de tous les jours : comme vous le dites, notre vie psychique est tissĂ©e par et dans la vie psychique des autres. Nous en avons une image avec la figure du porte-parole dans le groupe par exemple : quelqu’un dit, manifeste, Ă©prouve pour plus d’un autre
J’ai Ă©tĂ© si radical parce que 1. c’est un penchant que je n’arrive pas toujours Ă freiner ; 2. j’ai voulu montrer les choses sous un certain angle
L’intelligence collective est bâtie sur l’image de l’essaim. Le pari est le suivant : chaque personne perd son individualitĂ©, chaque personne accepte de se dĂ©partir de ce qui le distingue des autres, et chaque personne gagne en Ă©change des capacitĂ©s qu’il n’aurait pas pu avoir seul. Ce que ses yeux ne voient pas, les yeux d’un autre le voient. Ce que ses mains n’atteignent pas, les mains d’un autre peuvent l’atteindre. L’ensemble donne des sensations de puissance extraordinaire
L’identification projective est un mĂ©canisme psychologique consiste en ceci : s’imaginer pĂ©nĂ©trer en totalitĂ© ou en partie dans le corps de l’autre pour le contrĂ´ler, le dĂ©truire, ou voler ses contenus. C’est un mĂ©canisme qui peut ĂŞtre utilisĂ© pour Ă©viter d’Ă©prouver ou de penser quelque chose puisque ce travail est dĂ©posĂ© dans le psychisme de l’autre. Mon hypothèse est que cette Ă©conomie psychique distribuĂ©e soit une façon que nous avons d »éviter de penser/d’Ă©prouver puisque les pensĂ©es et les Ă©motions sont distribuĂ©es dans l’essaim.
@Aurélien
Le « jetĂ© immĂ©diatement » me fait rappeler que c’est avec un affect de plaisir que j’ai pu « jeter » des idĂ©es dans la timeline de Twitter, avec en plus le plaisir de la curiositĂ© : qu’est ce que ça va devenir ? Qu’est ce que les autres vont en faire ? Est ce que ca va ĂŞtre retwittĂ©, c’est Ă dire que quelqu’un aura reconnu que cela a de l’importance, ou est ce que cela sera modifiĂ©. Il y a lĂ des strates de fonctionnement diffĂ©rentes
1. Le jeté comme débarras, avec un affect de soulagement
2. Le jeté comme partage, avec un affect de plaisir
3. La reprise par l’autre sans transformation
4. La reprise par l’autre avec transformation
On peut faire des combinaisons : 14 et 23 sont très différents.
Je vais écrire quelque chose !
@Zackatoustra Jeter la perle (avec la crainte qu’elle ne soit abĂ®mĂ©e) ou le grain sable (avec l’espoir qu’il soit transformĂ© en perle) c’est effectivement toute la question !
Pour ma part, dans les rĂ©seaux sociaux, on peut y lire effectivement quelque chose de d’Ă©minemment fusionnel, sorte d’Ă©cho d’une altĂ©ritĂ© totale et absolue (prĂŞte moi ton bon-sein et je te donnerai l’heure ).
Selon moi, l’idĂ©e (finalement pas si originale) serait qu’au travers de la crĂ©ation collective, l’utopie se rĂ©alise et qu’enfin se dĂ©couvre la « solution une qui vaudrait pour tous », le modèle ultime qui nous permettrait d’entrevoir le meilleur des mondes possibles.
Il va s’en dire que se postulat se situe dans le prolongement de l’individu raisonnable, avec tout la cortège de massification qui en dĂ©coule… (et bien sĂ»r le « point god win » comme substitut de l’angoisse de castration).
Aussi je crois qu’on a tout bonnement oubliĂ©, pour en revenir Ă un mĂ©canisme biologique de base, qu’un « eco-système » doit sa survie au fait que les uns mangent les autres.
Enfin, bref pour comprendre les incidences sur le sujet (dans un Ă©lan d’euphorie, j’ai presque envie d’Ă©voquer le ParlĂŞtre), il suffirait peut-ĂŞtre simplement d’Ă©couter ce que les anciens maoĂŻstes ont Ă raconter lĂ -dessus,
pour dĂ©couvrir des « fantasmes de communisme primaire » (comme dans avatar Ă ce qu’il parait).
En tout cas merci pour cet article… je reviendrai :-)
Suite de la conversation,
Vous dites : « Ce que les individus perdent au niveau du narcissisme, ils le récupèrent dans les idéalisations grandioses que procure l’ensemble ».
Je pense au contraire que sur les médias sociaux (FB en particulier), ils cultivent plus que jamais leur narcissisme !
L’intelligence collective, la construction ensemble d’un projet commun, sont des usages très minoritaires du web en gĂ©nĂ©ral (90% de lecteurs, 5% de commentateurs, 1% de crĂ©ateurs)
Les internautes socialisĂ©s ne font que se mirer dans l’autre, ils se regardent et mettent en scène leur propre vie pour se valoriser et accroĂ®tre encore un peu plus leur ego.
S’il y a un risque psychologique pour moi, il se situe dans la dĂ©sindividuation progressive au profit du groupe : la neutralisation des opinions contraires, l’anticipation des besoins et des attentes des autres, la conformation de sa pensĂ©e, ses goĂ»ts, sa vie Ă la majoritĂ©. Effectivement comme dans une ruche, l’individu s’efface, mais pas pour construire ensemble, mais pour flatter son moi profond.
L’autre n’est qu’un instrument de son propre intĂ©rĂŞt, sans doute ce que vous appelez « l’identification projective »
Je prĂ©pare un papier sur ce sujet d’ailleurs :)
@cyrille Etre intelligent, cela peut être de choisir de rester silencieux. Si dans une mailing list tout le monde parlait, ce serait impraticable. Les 90/5/1 est une organisation qui est forcée par le dispositif
Je ne suis pas sur que le narcissisme soit si important que cela sur les rĂ©seaux sociaux. Bien sĂ»r, chacun tente de s’y prĂ©senter sous son aspect le plus aimable, et il n’y a pas grand chose Ă dire de cela. Ce qui peut ĂŞtre plus problĂ©matique, c’est que des personnes investissent trop dans l’image fragmentĂ©e que leur renvoie les rĂ©seaux sociaux
Le risque de la désindividualisation existe ! Vivement votre papier !
@YannLeroux vous aurez noté sans nul doute mon erreur arithémtique, la règle est plutôt 90/9/1 pour arriver à 100 :)
ForcĂ©e par le dispositif ? Pas sĂ»r, j’avais les mĂŞmes pourcentages de commentateurs/lecteurs sur les pages web des sites d’info AOL que je manageais…
Pour ce qui est des crĂ©ateurs, Youtube constate par exemple que la majoritĂ© de ce qui est produit par les utilisateurs est en fait une copie de contenus pro (notamment des extraits tv). Dans le milieu de la prod tv, on parle de « User generated Copy »… Mais je n’ai aps de chiffres.
Ce que je sais c’est que 90% de ce qui est vu provient de 10% des contenus, très majoritairement professionnel…
Mais je ne dis pas que les silencieux ou non créateurs sont idiots pour autant !
Je vais faire presser le pas alors (mais j’ai 3 autres papiers en chantier) !!! :)
A bientĂ´t !
Bonjour Yann,
je me rends compte (horreur,malor) que mon long commentaire n’est pas passĂ© hier… je v&ais donc le rĂ©itĂ©rer en plus concis :)
D’abord tu auras notĂ© mes faibles compĂ©tences arithmĂ©tiques, le bon rapport semble-t-il est 90/9/1 (pour arriver naturellement Ă 100)
Ensuite, je ne suis pas sur que ce soit le système qui organise cette pĂ©nurie crĂ©ative. J’avais les mĂŞmes ratios qd j’Ă©tais responsable de l’actu AOL, et il n’y avait qu’une modĂ©ration a-posteriori et rare.
90% lecteurs environ, 10% de clics sur sondages et seulement 1% de commentateurs (tjrs les mĂŞmes)
Ce qui rejoint peu ou prou les chiffres de Rue89 :
http://www.rue89.com/making-of/2008/07/24/riverains-de-rue89-qui-etes-vous
Sur Youtube, 80% de l’audience provient de 10% des contenus (essentiellement pro) d’oĂą ce revirement stratĂ©gique rĂ©cent : http://www.abricocotier.fr/4819-youtube-va-mettre-en-avant-le-contenu-pro-au-detriment-de-lugc
On parle d’ailleurs de User Generated copy pour le reste, sauf exception : enregistrement d’Ă©mission tv ou extraits de films, concerts…
Mais je ne dis aps pour autant que les gens sont idiots !
Il faut du temps, de l’Ă©nergie, des compĂ©tences techniques, une confiance en soi suffisants pour franchir le cap de la crĂ©ation et du partage, ce qui reste exceptionnel.
Les outils ne crĂ©ent pas nĂ©cessairement les usages… c’est une condition nĂ©cessaire, mais pas suffisante ;)
Fichtre, encore un propos à développer pfff
A bientĂ´t
Cyrille
Ce sujet ayant aiguisĂ© ma curiositĂ© et Ă©tant Sans Blog Fixe pour ce genre de note, je me permets d’ajouter mon petit complĂ©ment de rĂ©assurance narcissique ici :
C’est en fait la prophĂ©tie de Wahrol qui se rĂ©alise, puisque chacun dispose de ses 15 minutes de gloire mais tout le temps… Finalement, les rĂ©seaux sociaux sont une parfaite illustration du mĂ©canisme de la surenchère permanente, qui nous place dans une situation oĂą, selon les mots de Lacan,la jouissance n’est jamais atteinte parce que le dĂ©sir jamais satisfait.
Nous nous situons donc dans l’illimitĂ©, oĂą autrement dit dans le cadre du contrat selon Jean-Claude Milner, oĂą « tout ce qui n’est pas dit expressĂ©ment ne vaut pas » mais Ă©galement un « effort pour donner un statut symbolique au stade du miroir ».
Les tentatives de relier le sujet au socius sont généralement casse gueule, néanmoins ici se remarque le basculement de la loi qui « suppose le tiers, le grand Autre » vers le contrat (éminemment Anglo-saxon comme modèle soit dit en passant).
Personnellement j’ai longtemps cru que le net pouvait servir de mĂ©diation de ce type, en fonctionnant comme un « contenant de projections signifiantes », mais avec Twitter par exemple on remarque que ce n’est pas le cas. Il s’agirait plutĂ´t d’une multitude de contrats perpĂ©tuellement réécrits. Il manque alors, la constante du « silence de la loi qui la fait fonctionner » pour se retrouver dans quelque chose « d’humanisant ».
Pourtant l’illusion opère, c’est la phase de projection de bons objets dans le contenant pour les protĂ©ger, les mettre Ă l’Ă©cart des mauvais qui restent refoulĂ©s… (ex : dĂ©ferlante de poke, envoi de cocktails, de cadeaux dans facebook, etc.)
Aussi pour le sujet, il y a ce caractère compulsif et fragmentĂ©, une sorte de rĂ©assurance permanente. C’est ce besoin de rĂ©assurance qui donne cet effet de sur-valorisation narcissique, une sorte d’exacerbation de l’ego… alors que dans le fond la demande adressĂ©e reste sans rĂ©ponse (encore plus que dans une communication « normale »).
Compulsif donc usant… absence de rĂ©ponse donc frustrant… d’oĂą risque de craquage sous forme de dĂ©ferlante du pathos, libĂ©ration d’affects, projection des mauvais objets, fantasme de destruction, attaque contre cet grand Autre qui ne rĂ©pond pas et finalement identification projective sur le petit autre Ă l’autre bout du tuyau qui plus est fonctionne Ă l’identique : la pression monte, le dĂ©bat se transforme en deux monologues distincts fleuris d’insultes avant de bifurquer vers un salutaire nouveau contrat. De tout façon il y en a tant Ă Ă©crire…
@Vincnet_B Brillante dĂ©monstration mĂŞme si je ne suis pas sĂ»r d’avoir tout bien saisi :)
Je partage totalement votre point de vue sur cette « réassurance », je prépare un papier plus général sur ce sujet.
Votre point de vue sur la frustration de l’absence de feedback et la violence qui en dĂ©coulerait est intĂ©ressante. Je la trouve tout Ă fait crĂ©dible. Mais la violence n’a pas besoin de cette frustration suplĂ©mentaire pour jaillir. La vie, les difficultĂ©s de chacun y suffisent dĂ©jĂ amplement (si j’en crois les commentaires que j’ai modĂ©rĂ© des annĂ©es durant sur les pages actualitĂ© d’AOL)
Je n’ai pas bien saisi la diffĂ©rence que vous faites entre loi et contrat dans les relations Twitter ?
Très bon dimanche :)
L’absence de feedback et la colère que cela peut suscitĂ© est documentĂ© en psychologie avec l’expĂ©rience du « still face ». Devant un visage impassible, le bĂ©bĂ© s’angoisse peu Ă peu. Ses rĂ©actions dĂ©pendent alors du type de maternage dont il a bĂ©nĂ©ficiĂ©. Ne pas avoir de feedback en ligne nous confronte cette situation angoissante : un Ă©tranger nous regarde, et ne rĂ©git pas Ă nos actions. La tentation est alors de rĂ©pĂ©ter l’action ou d’avoir un acte un peu plus appuyĂ©. C’est lĂ que s’enracinent les « flame wars » Ă mon avis
@cyrille : le commentaire Ă©tait bien passĂ©. Tant mieux, cela nous donne l’occasion d’un second commentaire intĂ©ressant :-) (et moi aussi je ne sais pas compter)
@vincnet_b Je ne suis pas certain pour le coté wahrolien du net. Il faut vraiment beaucoup de travail pour pour recevoir quelques (fragiles) bénéfices narcissique sur le réseau. Et pour peu que vous en ayez quelques uns, il faut encore davantage de travail pour les maintenir.
Je ne comprends pas pourquoi Twitter ne pourrait pas ĂŞtre un contenant ? On le voit avec les tweet du matin ou les rĂŞves sont dĂ©posĂ©s dans la timeline. On le voit aussi avec les tweet Ă©nervĂ©s qui ont sans doute valeur de dĂ©charge, ou les tweet idiosyncrasiques qui ne sont adressĂ©s qu’a soi mĂŞme.
J’aimerai bien un dĂ©veloppement sur la mise Ă l’abris des bons objets dans Facebook. J’en Ă©tais restĂ© au poke comme un Ă©quivalent du jeu de coucou du tout petit, ou encore comme fonction phatique
Dans quoi, je ne me suis pas lancé encore :-D
Pour commencer, la prophĂ©tie Wahroliene (@Yann) : Effectivement, il faut beaucoup de travail et tous y travaillons. La prophĂ©tie serait plutĂ´t du cĂ´tĂ© du contenant, du cĂ´tĂ© de la promesse qui nous est faite… Ă l’internaute de s’escrimer Ă y arriver.
Ensuite (@Yann encore)le Poke comme jeu du « Fort-Da », jeu de la bobine, jeu du coucou. C’est une belle image. Sauf qu’il s’adresse Ă tes tous petits pas encore entrĂ©s dans le langage (le web n’est pas un espace de projection des signifiants, Ă©lĂ©ment 1. Par contre c’est un contenant bien sĂ»r).
La mise Ă l’abri des bons objets (@yann toujours) : En fait, c’est votre phrase « chacun tente de s’y prĂ©senter sous son aspect le plus aimable » qui a fait Ă©cho chez moi et j’ai eu « quelque chose Ă en dire » :
Chez Winnicott nous parlerions de faux-self.
Chez Freud nous verrions un enfant qui est tout fier d’offrir un beau caca dans le pot Ă ses parents (les poke et autres applications, chacun dira Ă que c’est dĂ©bile, mais tous les utilisent au moins une fois pour essayer).
Du coup, ça m’a fait penser d’avantage Ă la position dĂ©pressive qu’Ă la position schizo-paranoĂŻde
@Cyrille : là nous sommes chez Mélanie Klein :
– Position schizo-paranoĂŻde : L’enfant n’a pas de reprĂ©sentation unifiĂ©e de sa mère. Sa reprĂ©sentation du corps est morcelĂ©e et pendant l’absence du sein :
– il hallucine sa prĂ©sence (sucer son pouce pour stimuler les lèvres et rĂ©activer la zone Ă©rogène orale).
– pour se venger il fantasme qu’il pĂ©nètre le corps de la mère pour le dĂ©vorer (aussi parce qu’il a faim). C’est le mĂ©canisme d’identification projective, mĂ©canisme de dĂ©fense privilĂ©giĂ© de la position schizo-paranoĂŻde.
– Position dĂ©pressive : Vers 6 mois lorsque l’enfant se reconnait dans le miroir comme une personne unifiĂ©e et qu’il reconnait Ă©galement sa mère comme tel (objet total). Il ressentirait une forte culpabilitĂ© parce que cette mère est aussi le sein qu’il a attaquĂ© lorsqu’il avait faim et qu’elle Ă©tait absente.
Le jeu de la bobine, ou jeu du coucou apparait Ă partir de ce moment lĂ : faire (ou voir) apparaitre et disparaitre un objet, c’est se rassurer que :
– l’absence de quelque chose (autrement dit la mère) ne veut pas dire qu’on l’a dĂ©truit.
– Mais aussi que lorsqu’il rĂ©apparait, il ne se venge pas. C’est la loi du Talion (Ĺ“il pour Ĺ“il, dent pour dent).
On pourrait voir ici la matrice des aspects compulsifs, parce que ce jeu fonctionne comme le comique de rĂ©pĂ©tition : apparait/disparait =>rire… apparait/disparait =>rire… apparait/disparait =>rire… ,etc.
Accessoirement ceci est une des causes de rejet de la psychanalyse (par les tenants de la « raison pure »), parce qu’elle fait de la culpabilitĂ© un moment inaugural de la construction de la personnalitĂ©.
Ainsi si l’enfant est gentil, obĂ©issant et qu’il devient propre, c’est aussi parce qu’il a peur que l’objet se venge parce qu’il a Ă©tĂ© attaquĂ© dans un premier temps.
Raisonner ainsi, donne une fort jolie reprĂ©sentation du fonctionnement de l’internaute vu les ages auxquels on le situe.
Maintenant, il faut envisager le fonctionnement des mĂ©canismes de dĂ©fenses. Chez Bergeret (Ă©laboration de la lignĂ©e dĂ©pressive-limite)on trouve l’idĂ©e (pas partagĂ©e par tous, je le sais) qu’en temps normal, le psychisme fonctionne dans son registre le plus Ă©laborĂ© :
– Aux mieux nous sommes tous des nĂ©vrosĂ©s, fonctionnement alors oedipien, mĂ©canisme de dĂ©fense le refoulement.
– Lorsque face Ă une situation donnĂ©e les dĂ©fenses les plus Ă©laborĂ©es ne suffisent pas Ă faire front, il y a rĂ©gression et recours Ă des mĂ©canismes plus anciens, mieux maĂ®trisĂ©s mais aussi plus archaĂŻques, le plus archaĂŻque Ă©tant l’identification projective parce que le plus tĂ´t Ă©prouvĂ©.
Sur le net l’autre (le petit au bout du tuyau) finalement lorsque je l’agresse (ou qu’il m’agresse), il ne risque ou (je ne risque) pas grand chose. Nous sommes dans le virtuel, l’intĂ©gritĂ© physique n’est pas directement menacĂ©e… du coup, il y a possibilitĂ© de laisser aller ses fantasmes les plus primaires.
Du coup, on peut y rejouer cette scène fantasmatique de l’attaque du seins, de l’objet d’amour (la mère)Ă qui l’on ne pardonne jamais vraiment de nous avoir Ă certains moments abandonnĂ©s.
On peut surtout la rejouer Ă loisir et Ă moindre frais. En plus, il faut bien reconnaitre que c’est jouissif de se laisser aller Ă ses instincts les plus primaires (demandez Ă Sade)
Mais vu que nous sommes des ĂŞtres civilisĂ©s (un peu des fois quand mĂŞme) et que l’on est jamais vraiment sĂ»r que l’objet (externe et/ou interne) ne va pas se venger, la plupart du temps on se protège (aussi nos objets internes), on offre nos bons objets au contenant, on offre des caca-cadeaux…
Et surtout on ne dit rien (@yann) en terme d’Ă©laboration d’une pensĂ©e qui s’apparentait Ă du « ParlĂŞtre » ou de la « Lalangue ».
(Cela dit en ces temps d’obscurantisme et de retour de la chasse aux sorcières, on ne dit plus grand chose nulle part)
Voilà ma réticence 2 à parler d' »espace de projection de signifiants ».
Chez Gibelo on parlerait de contenant de pensĂ©e,qui n’Ă©labore pas de contenus…
Contenu en tant qu’expression d’un sujet singulier…
Peut-être là faudrait-il aller voir chez Bion avec les éléments alpha, la fonction béta et la capacité maternelle primaire.
Et aussi du cĂ´tĂ© de l' »arraisonnement du monde par la technique » VoilĂ , j’en arrive Ă Jean Claude Milner, la loi le contrat, aux armes et cetera …
[@Cyrille : dĂ©solĂ© le second opus, long dĂ©veloppement qui s’annonce, ça sera pour plus tard !)
@Vincnet_B: je plussoie cyrille frank sur l’Ă©vocation un peu trop rapide (du fait de son intĂ©rĂŞt!) de la diffĂ©rence faite entre loi et contrat dans les relations Ă©tablies via/sur Twitter. En quoi est-ce que les apparitions rĂ©pĂ©tĂ©es et toujours amusantes du coucou et du twitt peuvent-elles s’apparenter?
Selon vous, peut-on appliquer l’Ă©chelle des âges d’Ă©volution du petit de l’Homme au petit de l’Internet? Si oui, quel âge a l’internaute « LOL »? Quel âge vous donneriez-vous?
Bon voilĂ , j’ai essayĂ©… ouf ! En fin de note, je mets des indications bibliographiques. J’espère avoir Ă©tĂ© clair, j’ai l’impression d’avoir Ă©tĂ© un peu en roue libre sur le coup lĂ (j’espère que les auteurs incriminĂ©s m’excuseront)
« La Loi suppose le tiers, le grand Autre alors que le contrat, c’est finalement un effort pour donner un statut symbolique au stade du miroir ».
C’est cette phrase qui a fait Ă©cho chez moi et qui permet l’articulation entre les mĂ©canismes psychiques en jeu et la reprĂ©sentation du fonctionnent de l’ensemble (un peu comme si on l’observait vu du haut) du fait du stade du miroir (la perception de l’autre comme objet total).
« La loi permet ce qu’elle n’induit pas expressĂ©ment, le silence de la loi c’est ce qui la fait fonctionner ».
Il y a encore quelques annĂ©es, notre sociĂ©tĂ© Ă©tait rĂ©gie sur le mode de la loi. Cette sorte d’invariant silencieux et intĂ©riorisĂ©… l’Ă©pĂ©e de Damoclès, avec qui mine de rien j’entretiens un rapport individuel : « la loi est lĂ , si je transgresse, ouh la la ! Attention menace de castration ».
(mais en mĂŞme temps qu’il est doux de transgresser cette loi).
Il faut alors signaler, que ce fonctionnement est particulièrement manifeste dans les sociĂ©tĂ©s sous influence de l’Ă©glise de Rome. (ça ce n’est pas Jean-Claude Milner qui le dit, je fais une digression par les travaux de VĂ©ronique HervouĂ«t)
La gestion de la culpabilité est en cause, puisque dans cette organisation sociale la culpabilité se distille au goutte à goutte (aider son prochain, tendre la seconde joue, la confession, etc).
D’ailleurs c’est assez amusant de constater que l’effondrement de la Loi du père (pas que papa, mais l’autoritĂ© parentale en gĂ©nĂ©ral, celle des instituions, etc.) s’accompagne de la montĂ©e d’une gestion sur le mode contractuel (après les parents copains, les Ă©ducateurs copains, on revendique aussi un pape copain – dans une sociĂ©tĂ© laĂŻque c’est un comble – qui transigerait sur les règles Ă©tablies, avec qui l’on pourrait nĂ©gocier :l’avortement, le prĂ©servatif,etc – alors que la castration Ă©tant une autoritĂ© absurde qui justement prĂ©sente l’avantage d’ĂŞtre absurde… c’est un peu comme si on demandait la permission de transgresser).
C’est le propre du cadre contractuel oĂą chaque partie dĂ©finit ses objectifs, ses obligations. JCM dit : »dans le contrat ce qui n’est pas dit expressĂ©ment ne vaut pas ».
Comme TOUT ne peut pas ĂŞtre dĂ©finit (Ă moins de graves restrictions totalitaires – cf le relativisme politique et la recherche de la solution dĂ©finitive) on ajoute des avenants, on Ă©crit des trucs en tout petit en bas de page et on finit perpĂ©tuellement Ă l’affut d’une nouvelle version, d’une Ă©ventuelle arnaque parce que TOUT ne peut pas ĂŞtre lu.
En plus chacun passe un contrat avec :
– chacun (chez les adolescents par exemple : « je te respecte alors tu dois me respecter » au lieu d’un principe qui ferait loi : »il est interdit de manquer de respect Ă un Homme » – le pire Ă©tant que beaucoup d’Ă©ducateurs se prĂŞtent Ă ce jeu de « Je » à « Je »),
– pour un temps donnĂ© (facilement repĂ©rable dans les dispositifs d’insertion que je connais bien)…
– Avec le point culminant dans les mĂ©thodologie d’Ă©valuation oĂą le sujet pose ses propres critères, autrement dit va dans la foret couper le bâton qui va le battre.
Du coup, je pense que les rĂ©seaux sociaux participent du mĂŞme. On y butine… (@Yann Leroux jolie image que celle de l’essaim). On prend chez l’un, on dĂ©pose chez l’autre… On signe des contrats de l’un Ă l’un mais qui donnent l’impression d’un ensemble, mais qui n’est qu’un fourmillement qui au mieux fait masse mais ne fait pas Autre, d’oĂą mon hypothèse : le net crĂ©erait des traces et non des inscriptions. Et le risque le plus imminent serait la censure par noyade
Ainsi les rĂ©seaux sociaux seraient Ă l’exact reflet de notre sociĂ©tĂ© parce que dirigĂ© par la mĂŞme technique (attention pas technologie !). Une mĂ©thode (inspirĂ©e du management, et pour VĂ©ronique HervouĂ«t organisĂ© sur la gestion de la culpabilitĂ© hĂ©ritĂ©e de la rĂ©forme) ainsi que sur le mode de l’arraisonnement du monde par la technique (JCM : « l’arraisonnement du monde par la technique, c’est l’excroissance de cellules cancĂ©reuse de l’Ă©tat », voir aussi les dĂ©boire d’Heiddegger avec la croyance au progrès).
Ceci est encore plus pattant si l’on considère que les entreprises qui mettent en place les solutions sont elle mĂŞme dirigĂ©e par ce mĂ©canisme c.f. :
– La roue de l’efficience dans les procĂ©dure ISO, sorte de cercle vertueux qui dĂ©bouche dans l’illimitĂ©… la qualitĂ© absolue
– La modĂ©lisation UML, façon d’organiser un process et d’entrevoir un langage qui serait une couche Ă©voluant au dessus diffĂ©rents langages.
Aussi pour rĂ©pondre @Zackatoustra, je ne pense pas que l’on puisse envisager un parallèle entre le dĂ©veloppement humain et celui d’internet. LĂ je pense que le langage fonctionne comme pour l’entreprise oĂą l’on remarque des reprĂ©sentations anthropomorphiques (je pense Ă un endroit oĂą l’on parlait de LA BANQUE comme s’il avait une personnalitĂ© propre). Du coup parler D’internet comme INTERNET c’est sans doute trop chercher Ă le personnifier au dĂ©triment des mĂ©canismes qui le dirigent et des dogmes qui le constituent (pas si Ă©loignĂ© de la sociĂ©tĂ© comme je viens d’essayer de le dĂ©montrer).
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Voulez-vous être évalué?
Essai.
Jacques-Alain Miller & Jean-Claude Milner
Coll. Figures – Grasset& Fasquelle Ă©diteurs
mai 2004
Jean-Claude Milner, Les penchants criminels de l’Europe démocratique, Verdier 2003.
Véronique Hervouët
L’ENJEU SYMBOLIQUE
Islam, christianisme, modernité
Interprétation psychanalytique des fondements religieux et idéologiques et de leurs conflits
L’Harmattan, 2004
(ou voir l’article « Mutations dans le champ symbolique occidental » sur http://www.contrepointphilosophique.ch)
@ vincnet_B merci pour cette belle explication. j’ai saisis cette fois la diffĂ©rence que vous faites entre loi et contrat dans les relations humaines modernes, c’est tout Ă fait juste !
En revanche, le rapport aux rĂ©seaux sopciaux ne m’est tjrs pas clair, notamment cette phrase : « qui au mieux fait masse mais ne fait pas Autre, d’oĂą mon hypothèse : le net crĂ©erait des traces et non des inscriptions. Et le risque le plus imminent serait la censure par noyade ».
Puis-je vous demander de vulgariser encore un peu plus, je ne comprends pas ce vocable « ne fait pas Autre », traces et non inscriptions » et « censure par noyade » ?
J’ai l’impression que le propos est puissant, mais je ne peux encore le saisir… Imaginez que vous l’expliquiez Ă un enfant ;-)
(@Yann Leroux Si je vous ennuie, faut me le dire et promis j’arrĂŞte :-) )
Pour saisir ma troisième tentative, pourrait dire que le grand Autre ressemble Ă un «  »dieu » » qui n’apporterait aucune rĂ©ponse.
(Il laisse le soin l’individu de se fabriquer sa propre rĂ©ponse au sujet de sa raison d’exister… on est alors dans la parole singulière qui Ă©mane d’un « Je » authentique)
C’est difficile pour l’ĂŞtre humain d’accepter des rĂ©ponses imparfaites, ne pas savoir… lĂ c’est science qui invite la preuve chiffrĂ©e partout, et cherche la vĂ©ritĂ© absolue.
Avec les rĂ©seaux sociaux s’inventent une nouvelle manière de chercher cette vĂ©ritĂ© en se disant qu’en s’y mettant tous ensembles, et en prenant le meilleur de chacun, on va y arriver cette fois Ă crĂ©er le système parfait (rĂ©aliser la vieille utopie, j’ai Ă©crit chez @cyrille).
Le pire c’est qu’en les observant, j’ai l’impression que certains croient y arriver.
Certains mĂŞme y arrivent, la communautĂ© linux par exemple, sauf qu’ils ont créé un système logique d’organisation des donnĂ©es, tout au plus une nouvelle manière de produire de la connaissances mais jamais de la vie une pensĂ©e au sens philosophique du terme, par rapport Ă l’impact de l’introduction de la raison dans l’histoire des idĂ©es, qui elle est une inscription.
Du coup je pense que ce que nous allons crĂ©er ne laissera que des traces, mais dangereuses parce que ce genre de rassemblement inhibe l’Ă©mergence du sujet singulier (« Je » pour « JE » et non pas « Je parmi les autres ».