Myspace a popularisé un type d’image particulier : les “myspace angle”. Ce sont des images par lesquelles une personne se présente. Elle est souvent utilisée en image de profil. Il s’agit d’un autoportrait. La personne tient l’appareil photo à bout de bras. L’image est donc prise en plongée, ce qui lui donne un aspect très particulier.

L’interprétation qui est classiquement donnée de ce type d’image est qu’elle met en valeur son modèle. La prise de vue atténue la générosité des hanches et transforme une poitrine un peu ténue en un généreux décolleté. Le modèle se prendrait ainsi sous le meilleur angle possible, afin de masquer les défauts réels ou imaginaires de sa plastique. Ce serait une pratique de la tromperie

Cette interprétation est sans aucun doute valable mais elle a le grand défaut d’être axée uniquement sur la séduction et l’érotisation. Elle transforme également le public du modèle en une audience masculine.

Au moins deux autres interprétations peuvent être proposées.

L’angle de la prise de vue met le spectateur au dessus du modèle qu’il regarde. Il transforme tout spectateur en quelque chose de plus grand que le modèle. Nous avons tous vécu ce type de situation. Les images MySpace angle reprennent la perspective d’un parent lorsque qu’il regarde son enfant. La situation donnée à voir est donc moins celle d’une séduction que d’une relation parent-enfant. A chaque fois que le modèle croise cette image, il réactive en lui cette situation : Moi, petit, regardé par un grand.

Le modèle regarde aussi l’image. Il est donc à l’autre pôle de la relation : non pas un enfant regardé, mais le parent regardant. Cette fonction parentale se réalise également dans les opérations de maintenance que chacun doit réaliser sur son profil : “nettoyage” des spam, compte à “alimenter” en images, en messages, en commentaires. Devant son image, le modèle est à la place de son parent. Il est de l’autre coté du bras, tout proche de lui même comme enfant.

Le modèle peut ainsi s’identifier alternativement aux deux pôles de la relation.Il peut s’identifier à la main qui tient l’appareil photo – il est alors à la place du parent qui tient sous son regard son enfant. Mais il peut aussi s’identifier au modèle  – il est alors l’enfant tenu sous le regard du parent. Le fantasme sous-jacent serait alors “un enfant est tenu” ce qui englobe des situations beaucoup plus nombreuses que la séduction

 

Ce type d’images n’est donc pas nécessaire faite pour tromper les autres. Elle est utilisée pour rendre possible rapprochement avec l’autre. et surtout elle sert à renforcer des images intérieures (ici, un parent et un enfant).  Comme toutes les images, elle est “une peau à habiter” (Tisseron, S.) en ce sens qu’elle est toujours un petit peu fausse – l’image n’est jamais tout à fait le modèle – mais cette fausseté rend possible des contacts avec les autres. Elle est aussi une peau interne, sensible, profondément connectée à notre monde intérieur.

Peau à habiter, l’image est aussi une peau à abandonner. Cela est particulièrement sensible pour les images numériques qui sont produites en masse et instantanément contrairement aux image argentiques qui étaient très couteuses à produire et qui devaient passer par les mystères de la chambre noire pour être “révélées”. Comme toutes les images numériques, les “MySpace Angle”  peuvent être facilement remplacées d’autres images. En cela, elles évitent les identifications trop rigides et sclérosantes qui enferment dans un cadre