http://www.jmw-vpc.com/difac/masques/184.jpgLe New-York Times, toujours à l’affut des nouvelles tendances du cyberespace, vient de faire une nouvelle découverte : avant d’entrer au collège, les étudiants américains prennent soin d’effacer leurs traces. La tendance est si forte qu’il s’agirait d’un nouveau rituel

L’entrée dans les collèges américains n’est pas une chose aisée. Non seulement les études sont onéreuses, mais les parents n’hésitent pas a payer un conseiller entre 1000 et 9000 dollars pour préparer au mieux la candidature de leur enfant. Dans ce contexte, un profil Facebook qui garde en mémoire des mois ou des années de frasques peut être vécu comme un handicap.

Aussi, les étudiants changent-ils de nom.. Les changements de noms jouent sur les homophonies et les calembours, par exemple Amy devient Aim E. Pour certains professeurs, le changement de nom ne suffit pas, et des sessions de “nettoyage” sont organisées avec les élèves.

C’est là un épisode de plus entre les tactiques individuelles et les stratégies institutionnelles. Il y aura toujours des interstices que les individus utiliseront de façon créative, même dans un espace comme l’Internet qui a la tentation panoptique dans ses gènes. Facebook avait imposé une norme : on y est sous son vrai nom, alors que la culture de l’Internet était celle du pseudonyme, voire de la tromperie. Avec ces jeux sur le nom, on en reviendrait aux positions premières.

Il reste tout de même inquiétant de voir avec quelle facilité toute une classe d’âge se soumet aux impératifs d’une institution,  Il est inquiétant de voir que l’état ne s’occupe pas de protéger davantage ses citoyens les plus jeunes : depuis quand d’autres critères que scolaires doivent-ils être appliqués pour prétendre entrer dans un établissement universitaire ?

L’hygiènisme identitaire des étudiants américains est une bonne illustration de la modification des systèmes de surveillance. ils deviennent si pervasifs et si intériorisés que les individus peinent à instaurer des logiques de conflit.. La surveillance n’est plus présentée comme une poids mais comme quelque chose d’agréable. La servitude n’est plus volontaire : elle est désirée.

Enfin, il est difficile de ne pas remarquer que terme de “nettoyer”  (utilisé aussi dans les jeux vidéo) a des résonnances sinistres dans notre histoire proche. Même sans aller jusqu’à l’horreur nazie, c’est tout de même ce terme qui est utilisé à chaque fois que des crimes de guerre ont été commis : au Viet-Nam, en Algérie, en Bosnie, au Rwanda…L’idéal hygiéniste appliqué à l’identité d’une personne ou d’un groupe n’a jamais donné de bons résultats.

 

Sur la société de surveillance… ou de discrimination  qui est en train de se mettre en place, l’article de Jean-Marc Manach est à lire : on y verra que la mobilité a laquelle nous donnons tant de valeur est le signe certain de notre soumission aux surveillances dont nous sommes l’objet.