Ainsi, la Grande Migration a commencĂ©. Personne ne sait exactement depuis quand, et personne ne sait pourquoi. Mais tout le monde sait qu’elle est impĂ©rative. Nous nous dirigeons tous vers FriendFeed ou nous nous souvenons que nous y avons un compte. Il y a quelques mois, nous nous Ă©tions Ă©lancĂ©s vers identi.ca pour ce qui avait Ă©tĂ© appellĂ© le Big Swich. Le dĂ©part de ce dĂ©mĂ©nagement semble avoir Ă©tĂ© un mouvement de panique : le service identi.ca offrirait des garanties suppĂ©rieurs Ă celles de twitter. Ce mouvement avait au moins l’excuse de l’idĂ©ologie : identi.ca est du cotĂ© de l’open source , twitter est une entreprise ce qui permet de retrouver les clivages classiques.
Le « mĂ©dia parfait » est (re)dĂ©couvert par un blogueur influent. Il s’agit en fait d’une re-dĂ©couverte par en sont temps, car l’usage de Friendfeed (et de Twitter) avait dĂ©jĂ suscitĂ© des interrogations. Mais cette fois ci, la dĂ©couverte n’est pas entachĂ©e de crainte. A l’Ă©poque, la question Ă©tait de savoir si on ne lâchait pas la proie (l’audience de son blogue) pour l’ombre (Friendfeed). En dĂ©cembre 2008, Michel Arrigton faisait les comptes pour Robert Scobble : 2500 heures par an et 23.000 abonnĂ©s sur Friendfeed pour… « que dalle »
Le mouvement actuel vers Friendfeed est diffĂ©rent. Il est francophone, et il n’a pas de motif rationnel. C’est un mouvement de foule. Friendfeed rĂ©pondrait a un « besoin de la blogosphère française de se fĂ©dĂ©rer« . AAAliens, propulsĂ© par le moteur Pligg, correspondrait Ă un tel dĂ©sir. Ensuite, le phĂ©nomène semble ĂŞtre francophone.
Il y a deux manières de le comprendre et elle sont sans doute complĂ©mentaires. La première est issue de l’analyse statistique, et la seconde de la psychologie.
L’influence, une fonction mathĂ©matique
Dans le premier cadre, l’influence peut ĂŞtre dĂ©crite comme une fonction mathĂ©matique.
On appelle beta la probablitĂ© qu’une personne transmette une information a une autre (s’inscrire Ă Friendfeed). Si chaque personne informe z autres personnes, alors le nombre de nouveaux convertis gĂ©nĂ©rĂ©s par chacun est R = beta.z . Si R > 1, alors chaque personne touchĂ©e par le message aura tendance a le retransmettre Ă plus d’une personne supplĂ©mentaire qui fera Ă son tour la mĂŞme chose, produisant une croissance exponentielle. C’est ce que l’on appelle un phĂ©nomène viral.Si R<1, le phĂ©nomène s’Ă©teindra inexorablement. Si R=1, alors les choses peuvent basculer d’un cotĂ© ou d’un autre. On trouvera plus de dĂ©tails dans le papier de Duncan Watts, Viral Marketing for Real World, mais l’essentiel est que passĂ© un certain seuil, le mouvement se fait tout seul
L’influence, processus social
Dans le second cadre, on retrouve une vieille notion des sciences humaines et sociales. Psychologie des foules de Gustave Le Bon, ou Les lois de l’imitation de Gabriel Tarde, ou encore Psychologie collective et analyse du Moi de Sigmund Freud traitent de cette question. L’influence est un processus social qui rend compte aussi bien du naufrage de la raison dans la foule que des
Dans Psychologie collective et analyse du Moi, S. Freud montrera que les phĂ©nomènes de foule se rĂ©duisent Ă une sĂ©rie d’identifications et de substitutions. Les membres de la foules s’identifient les uns avec les autres et substituent leur idĂ©al du Moi a la personne du leader. L’idĂ©al du Moi est une instance psychique qui sert au Moi de rĂ©fĂ©rence quant Ă ses choix et ses actions. Parce que l’Ideal du Moi est d’origine narcissique, la substitution rend compte de la fascination amoureuse ou de la dĂ©pendance au leader.
Si l’influence est un des ingrĂ©dients de notre vie sociale, il semble qu’elle ne connaisse pas de frein sur Internet. La faiblesse du coĂ»t de l’engagement en est certainement une raison. En effet, il faut en moyenne moins d’une minute pour s’inscrire Ă un nouveau service et on a tendance Ă penser que « cela n’engage Ă rien ». Ce qui est perdu de vue – mais pas pour tout le monde – c’est la vision d’ensemble. La seconde raison qui fait de l’Internet un lieu d’influence par excellence, c’est que nous n’avons pas une perception claire des autres comme autres. La porositĂ© entre les individus est plus grande que dans l’espace gĂ©ographique, et on l’on est davantage amenĂ© a prendre les conceptions de l’autre pour les siennes. La troisieme raison est que l’Internet est un espace social. Le copier-coller qui est une des chevilles ouvrières de l’Internet est la version digitale des phĂ©nomènes de contagion et d’inluence. Copier, c’est prendre avec et en soi un contenu de la mĂŞme manière que s’identifier c’est assimiler en partie ou en totalitĂ© un objet.
Du point de vue individuel , le faire de migrer vers Friendfeed peut répondre à plusieurs exigences
1. Un dĂ©sir de conformitĂ©. La conformitĂ© a une fonction groupale. Elle assure la cohĂ©sion du groupe et contribue au sentiment communautaire. Du point de vue individuel elle est Ă la fois une protection (je suis un parmi d’autres) et une menace (je ne suis qu’un parmi d’autres)
2. Satisfaire aux instances idĂ©ales. Les blogues influents et autres leaders d’opinion fonctionnent comme instances idĂ©ales. Ils assurent l’appareillage « vertical » de la communautĂ© tandis que l’appareillage « horizontal » est assurĂ© par la conformitĂ©
3. La dĂ©fense contre l’angoisse. Il peut s’agit de l’angoisse d’abandon, particulièrement vive dans un espace ou la sociabilitĂ© est fortement idĂ©alisĂ©e. Il peut Ă©galement s’agir de l’angoisse de ne pas assister Ă quelque chose dont pourrait bĂ©nĂ©ficier les autres. Les rivalitĂ©s fraternelles s’insèrent Ă ce point.
Quelques ressources
Psychologie collective et analyse du Moi Sigmund Freud
Les lois de l’imitation, Gabriel Tarde
Psychologie des foules, Gustave Le Bon
Assister Ă une telle transhumance parce que 2 ou 3 leaders d’opinion ont dit qu’il fallait se mettre en route vers FFeed, c’est un phĂ©nomène inquiĂ©tant, mĂŞme si ça n’a rien de nouveau. Canetti en son temps en avait longument parlĂ© dans « Masse & puissance ». Mais, bon, ça craint quand mĂŞme, bien que la chose ne concerne en rĂ©alitĂ© que qqs 10zaines de bourrins, ce qui n’est donc pas grand chose. Un Ă©vĂ©nement dans le microcosme qui moisit faute de sortir son nez de l’Ă©cran.
IntĂ©ressant de lire une analyse de tout ça sous l’angle de la psychologie :)
@Stanilas J Bienvenue Stanislas, et merci de ce premier commentaire
@Scheiro des phĂ©nomènes de masse dans un mĂ©dia de masse, il faut aussi s’y attendre :-)
@Scheiro : le buzz n’est pas uniquement du Ă la dĂ©cision de quelques uns.
On constate une augmentation de l’activitĂ© fr sur FF depuis quelques semaines.
J’ai dĂ©tectĂ© plusieurs signaux qui ont tour Ă tour ramenĂ© un peu de monde ici.
Jusqu’Ă ce que narvic se lâche…
Mais je crois qu’il faut aussi prendre en compte la pertinence de twitter dans le contexte actuel :
– de plus en plus de question Ă©mergent sur la capacitĂ© de twitter Ă rĂ©duire le bruit
– FriendFeed a apportĂ© beaucoup de nouvelles fonctionnalitĂ©s ces derniers temps (au moins 2 par semaines)
Quels sont ces signaux Stanislas ?
Je viens de te relire avec plus d’attention, c’est une très bonne analyse de cet Ă©piphĂ©nomène que j’attendais plutĂ´t du cĂ´tĂ© de Tumblr, mais ça n’a pas vraiment bougĂ©. Le fait que FFeed se soit dernièrement amĂ©liorer, c’est vrai, ça du jouern c’est comme quand FB a pu ĂŞtre accessible en fr.. Mais, je crois que c’est avant tout un mouvement irrationnel, comme celui qui conduit les lemmings Ă se jeter en mer ;-) [bien que ce problème Ă©thologique soit maintenant mieux connu]
Bonne soirée!
Je prĂ©pare un billet lĂ dessus. Je vois trop de bĂ©tises sur ce sujet… ;-)
Migration voudrait dire qu’on quitte Twitter pour Friendfeed. Pour l’instant ce que je vois, c’est que tous mes amis sur Twitter que je retrouve sur Friendfeed sont toujours sur Twitter, et twittent toujours. Alors migration, je ne vois pas. Il y a des chiffres ?
FĂ©licitations pour l’article qui concilie bon sens et psychologie – mais Ă le dĂ©faut d’oublier, Ă force de vouloir Ă©lever le dĂ©bat trop haut, des raisons simples qui relèvent du bon sens :
1) l’ergonomie que d’autres a(bon sang !) ;
2) ;
3) l’universalitĂ© du support (permise par l’agrĂ©gation des flux) ;
4) la maturation des utilisateurs (qui recherchent un outil plus pratique, point);
5)
L’argument principal de l’article qui rĂ©duit ces rĂ©flexes de bon sens Ă une convulsion suiviste est ironiquement
Billet publié : http://www.tetedequenelle.fr/2009/07/explications-du-buzz-friendfeed-quelques-precisions/
FĂ©licitations pour l’article : une plume agrĂ©able Ă lire, des connaissances en psychologie qui ajoutent quelque mordant et nous font sourire sur travers trop humains. Mais Ă trop Ă©lever le dĂ©bat, on en oublie les raisons simples d’une migration dont les motivations sont frappĂ©es au coin du bon sens :
1) l’ergonomie que d’autres appellent utilisabilité (bon sang elle résoud bien ici quelques frustrations réelles inhérentes à Twitter) ;
2) l’universalité du support (permise par l’agrégation des flux) ;
3) la maturation des utilisateurs (qui recherchent un outil plus pratique, point barre, et sont plus lucides après une première expĂ©rience de microblogging sur ce qu’ils veulent);
4) un bon service tout simplement visionnaire sur les attentes possibles des internautes.
L’argument principal de l’article qui rĂ©duit ces rĂ©flexes de bon sens Ă une convulsion suiviste se retourne ironiquement contre lui-mĂŞme puisqu’il consiste Ă se poser en commentateur amusĂ© d’un processus d’influence dans lequel les sujets d’Ă©tude que nous sommes ne serions pas plus autonomes que des lemmings : mais alors que dire des psychologues et autres philosophes du 2.0 qui vont tout faire pour nous faire croire qu’ils Ă©chappent, quant Ă eux, Ă l’inintelligence collective ?
Je trouve que leurs propres instincts critiques ont quelque chose, pour le coup, de grĂ©gaire. NĂ©anmoins, je reconnais pour rester sur une note positive qu’ils font Ă mon sens partie de cette rĂ©elle intelligence collective : ils crĂ©ent de l’Ă©quilibre en nous donnant la possibilitĂ© de douter et de sourire de nous-mĂŞmes dans l’hypothèse oĂą leur analyse se rĂ©vèlerait juste. Alors je prĂ©fère terminer ma rĂ©action en vous disant merci ;-)
@Frédéric BASCUÑANA
D’abord bienvenue sur psy&geek.com ;-)
Je ne pense pas ĂŞtre au dessus de la mĂ©lĂ©e. J’ai pris le partir de plonger dans le bain prĂ©cisĂ©ment parce que je pense que c’est en Ă©tant dans la mĂŞlĂ©e que l’on sent vivre ce monde. Et puis, comme beaucoup ici, ce monde est mien. Je ne peux pas ne pas y ĂŞtre. Je fais partie d’une gĂ©nĂ©ration qui a vu arriver les ordinateurs et qui s’est dit quelque chose comme: »c’est exactement de cela dont j’avais besoin et je ne le savais pas ! »
Qu’il y ait des fonctionnements grĂ©gaires sur Internet, c’est inĂ©vitable. Parce que Internet est un espace social. Comme beaucoup, je suis les leaders d’opinions, je lis les how to et autres tutoriaux, je fowarde, de RT etc. Bref, je participe de cette contagion. Ce n’est pas une condamnation. J’ai Ă©crit ce billet parce que sur Twitter quelques uns, dont moi, se demandaient ce qu’il se passait. D’oĂą l’envie de lancer le dĂ©bat
Pour ce qui est de l’ergonomie, personnellement, j’aime bien les restrictions du dispositif. Ca oblige a des reformulations salutaire. Mieux, ça m’oblige parfois a garder le silence. Nous cherchons tous l’Application Qui RĂ©unira Toutes Les Applications… mais nous savons aussi que c’est un graal ne serait ce que parce que l’application finale, c’est nous, et que nous sommes très limitĂ©s dans notre capacitĂ© Ă traiter de l’information. Il y aussi dans cette quĂŞte ce mouvement centrifuge/centripete que je vois dans beaucoup de nos conduites. Parfois nous cherchons a nous rĂ©unir, individuellement et collectivement, en des dispositfs. Parfois nous faisons tous pour augmenter les distances avec les autres, et mĂŞme avec nous mĂŞme (« fausses » identitĂ©, obfuscations etc.)
@Pierre Tran Bienvenue sur Psy et geek ;-)
Je n’ai pas connaissance de chiffres
La remarque est juste : c’est une migration dans laquelle on ne quitte pas (forcĂ©ment) sa terre natale.
C’est d’ailleurs un des attraits et des poisons des mondes numĂ©riques : cette idĂ©e que finalement, on ne perd jamais rien.
Stanislas vient de donner des précisions sur les signaux dont il parlait dans son commentaires. A lire sur http://is.gd/1LBCZ
L’argument consistant Ă dire je me suis inscrit sur FFeed en raison des avantages technique de cet « activity stream » ne tient pas dans le cas de ce mouvement de masse parce qu’il suffit de lire les commentaires des nouveaux inscrits sur FFeed : la plupart avouent ne pas savoir comment ça fonctionne, ni mĂŞme pourquoi ils sont lĂ . Eux-mĂŞmes disent avoir suivit le mouvement de foule. RĂ©action humaine, trop humaine! Surtout pour des gens qui prĂ©tendent oeuvrer Ă la libertĂ© d’expression et je ne sais quelles autres fadaises romantico 2.0 qui feraient d’eux des hĂ©ros anti-hadopi oĂą je ne sais quoi! Mais en rĂ©alitĂ© ce ne sont que de bons citoyens, bons consommateurs, bons moutons prĂŞt Ă suivre le premier salopard qui a un peu de charisme comme vient de le montrer ce micro phĂ©nomène. D’ailleurs, vouloir Ă tout prix nier ce qui vient de se produire, c’est Ă dire la rĂ©alitĂ©, relève d’un autre phĂ©nomène psychologique banal, normal et c’est normal que tu puisses ĂŞtre tentĂ© de ne voir que l’aspect « positif », FrĂ©dĂ©ric, puisqu’il y a « progrès » technique de cette rĂ©cente transhumance. Ah, l’idĂ©al du Progrès de la raison raisonnante! Mais oui!
bonjour,
je trouve la réponse Frédéric BASCUÑANA absolument admirable.
Je lis trop de mépris dans cet article et dans certains commentaires.
Je m’arrĂŞte lĂ , je vais pas ĂŞtre zen :)
Sur l’aspect psychologique, il y aurait sans doute aussi beaucoup de choses Ă Ă©crire sur les phĂ©nomènes de « surestimation » (il existe probablement un terme mieux appropriĂ©) produits par les buzz.
Par exemple, vous parlez en titre du billet de « grande migration », alors qu’en rĂ©alitĂ©, il ne s’agit que de quelques centaines de personnes (sur plus de 30 millions d’internautes français), qui ont surtout la qualitĂ© de faire du bruit et d’ĂŞtre repris… dans le groupe de 100-150 sites que vous suivez rĂ©gulièrement (sur des centaines de millions de sites existants).
Parce que 10 personnes que l’on suit rĂ©gulièrement parlent d’un phĂ©nomène, on a l’impression que « beaucoup de monde » en parle. Et on est en plein dedans, en ce moment, avec FF. On est tous comme ça et je pense que c’est grâce Ă cette perception « surestimative » que la promotion des nouveaux services web, notamment, fonctionne : on croit que tout le monde y va et que, par consĂ©quent, le service doit ĂŞtre vraiment chouette, accessible et utile Ă tous… ce qui est pourtant loin d’ĂŞtre toujours le cas : par exemple, FF s’adresse principalement Ă des internautes qui suivent rĂ©gulièrement une multitude de personnes sur plusieurs types d’autres services ; et/ou Ă des personnes qui publient du contenu sur plusieurs types de messagerie. Bref, une très petite minoritĂ© qui a dĂ©cidĂ©ment beaucoup de temps Ă consacrer quotidiennement aux « rĂ©seaux sociaux ».
Au final, dans la rĂ©alitĂ©, mĂŞme après que ces services aient connu un grand succès mĂ©diatique (parce qu’Ă force de lire des articles ou l’on Ă©crit, souvent Ă tort, que « beaucoup de monde » utilise tel ou tel service, le buzz finit par vraiment toucher un public plus important), on se rend compte qu’au bout de quelques jours de pratique, 80 % des utilisateurs dĂ©laissent leur compte pour n’y retourner qu’une fois de temps en temps, voire jamais, car pas adaptĂ© Ă leurs usages. Mais curieusement, les fans de ces services sont beaucoup moins loquaces Ă ce sujet ;-)
Je ne sais pas si je suis très clair dans mes explications, d’autant que j’ai dĂ» employer des termes mal adaptĂ©s. Mais je crois qu’il y aurait des choses Ă analyser, point de vue psy, sur ce phĂ©nomène de perception (si cela n’a pas dĂ©jĂ Ă©tĂ© fait).
Bonjour,
Tout ceci est intĂ©ressant, mais de quel volume d’audience parlons-nous ? Peut-on parler d’une « migration de masse » de la blogosphère française tandis que les « power users » utilisateurs de Twitter/Friendfeed ne reprĂ©sentent certainement pas 5% des internautes FR ? Peut-on mĂŞme simplement parler de « migration » quand le phĂ©nomène ne paraĂ®t pas encore avoir passĂ© le cap des 15 jours, pĂ©riode durant laquelle l’internaute moyen n’a certainement pas encore eu l’occasion de se forger une opinion dĂ©finitive, pĂ©riode insuffisante pour calculer le moindre indice de rĂ©tention, ou mĂŞme d’abandon… En un mot : tout ceci n’est-il pas un prĂ©cipitĂ©, irrĂ©flĂ©chi et un tantinet nombriliste ?
Cogito ergo sum, week-end inclus ;-)
Je ne pense pas que les nouveaux utilisateurs FriendFeed soient des « moutons », ce sont plutĂ´t des « explorateurs » Ă l’Ă©coute et prĂŞt Ă tester des nouvelles applications ou fonctionnalitĂ©s quand on entend de plus en plus parler de Friendfeed sur Twitter, puis que quelques amis twitter migrent cela suffit Ă dĂ©clencher l’envie de passer quelques minutes Ă essayer un nouveau service (surtout au milieu de l’Ă©tĂ© ou nous sommes nombreux Ă avoir plus de temps disponible pour ces expĂ©rimentations). Attention après le flux au reflux, il me semble que FrienFeed / Feedly est beaucoup plus structurant dans l’utilisation d’internet qu’un client Twitter sur mobile qui permet de s’exprimer spontanĂ©ment.
Le terme de migration est en effet mal choisi (mea culpa, je l’ai utilisĂ© moi-aussi).
Les explications en terme de comportement « moutonnier » me semblent assez triviales et sans intĂ©rĂŞt, car marquĂ©es d’un jugement de valeur nĂ©gatif a priori. Mettre en avant des comportements « grĂ©gaires » et « sociaux » me semble en revanche bien plus intĂ©ressant.
Il me semble qu’il faut d’abord restreindre le phĂ©nomène en cours Ă la blogosphère francophone, et uniquement elle (et j’ai bien dit « blogosphère », mĂŞme si l’on parle de Twitter et de Friendfeed) et que toute la question tourne autour des rĂ©seaux sociaux.
A mon avis, certains ont trop vite qualifiĂ© Twitter de rĂ©seau social, alors que c’est plutĂ´t, Ă l’usage, un outil de publication. A contrario, on considère trop souvent le blog comme un outil de publication, alors que c’est avant tout un rĂ©seau social personnel, permettant de s’intĂ©grer Ă une rĂ©seau social plus vaste, la blogosphère (ou « sa » blogosphère, comme rĂ©seaux des blogs interconnectĂ©s auxquels on participe).
Lors du prĂ©cĂ©dent mouvement de la blogosphère vers Twitter, on avait dĂ©jĂ annoncĂ© « la mort des blogs », la « fatigue des blogueurs », etc. Il s’agissait plutĂ´t, Ă mon avis, en effet, d’un « besoin de la blogosphère de se fĂ©dĂ©rer », d’amĂ©liorer le fonctionnement du rĂ©seau social qu’elle forme entre ses participants: de trouver une place centrale du dĂ©bat commun et d’accĂ©lĂ©rer la circulation des Ă©changes.
Le mouvement des blogueurs vers Twitter tĂ©moignait d’une insatisfaction face aux limites de l’outil blog par rapport Ă ce qui est recherchĂ© (trop fragmentĂ©, lourd Ă manier, pas assez rĂ©actif…). Twitter a rĂ©pondu Ă certaines des attentes (place commune, rapiditĂ©), mais il a rapidement montrĂ© de très grandes limites (ce n’est pas un bon outil pour animer un rĂ©seau social !): noyade sous un flot d’information très difficile Ă organiser, trier, classer, menant Ă un sentiment de cacophonie, d’impossibilitĂ© de tenir de rĂ©elles conversations. Bref, le rĂ©sultat est Ă l’inverse de l’effet recherchĂ© : chacun se trouve isolĂ© dans sa twittosphère et les interactions interindividuelles y sont très faibles.
Le mouvement vers friendfeed aujourd’hui, qui remonte Ă plusieurs mois, dans une montĂ©e progressive que certains ont fort bien vu venir, tĂ©moigne Ă mon avis exactement du mĂŞme phĂ©nomène qui avait conduit Ă l’adoption de Twitter. Et si ça prend (ça semble prendre), c’est que ce qui est trouvĂ© avec friendfeed semble mieux rĂ©pondre aux attentes que ne le faisait Twitter (tout en permettant de ne pas quitter Twitter).
Ça ne veut pas du tout dire, bien entendu, que tout ceux qui utilisent Twitter vont passer à friendfeed. Ce phénomène ne concerne que ceux qui sont insatisfaits par les limites de Twitter dans la recherche de meilleurs outils pour organiser leur réseau social en ligne.
Il est clair, par exemple, que ces journalistes si enthousiastes avec Twitter, ne sont pas du tout concernĂ©s par ce phĂ©nomène. ;-) Si c’Ă©tait ça, ils auraient tenus un blog auparavant, ce qui n’est pas le cas de la plupart d’entre eux ! Ils sont allĂ©s directement vers Twitter, car ils cherchaient un outil de publication permettant de faire caisse de rĂ©sonance Ă leur message. Ils ne cherchent pas des interactions rĂ©ciproques, ils ont une vision Ă sens unique du rĂ©seau social. :-)
Ceux qui se portent aujourd’hui sur friendfeed ont une autre logique : ils cherchent un salon et pas une caisse de rĂ©sonance planĂ©taire.
@narvic bienvenue sur psy et geek ;-)
j’aime bien cette idĂ©e d’une recherche d’un outil « parfait » qui satisfasse a la fois aux exigences d’animation d’un rĂ©seau social et de publication. J’ai ressenti aussi cette acceleration due a Twitter. MĂŞme le mail semblait lent ! Et puis ensuite la saturation. Je me demande si ce n’est pas ce que Loic Lemeur avait perçu lorsqu’il a repris ses reseaux facebook et Twitter a zĂ©ro
@Christophe oui il y a surestimation. Mais dans mondes numĂ©riques les choses ne marchent elles pas comme cela ? Quelques acteurs produisent la plus grande partie contenu ? Parmi ceux ci certains sont prescripteurs. L’un des intĂ©rĂŞt de cette affaire c’est qu’elle permet d’approcher les processus d’influence.
J’aime bien l’idĂ©e de @hug_h rapprochant Twitter de la mobilitĂ©
merci a tous de ces commentaires enrichissants et bienvenue aux nouveaux sur psy et geek ;-)