Le journal Le Monde a publié dans son édition en ligne du 12 janvier 2009 un court papier sur les psychothérapies en ligne : Lorsque le face à face est impossible [1]. Sylvain Missonnier, psychologue clinicien et psychanalyste, dresse rapidement le portrait d’une consultante possible : une adolescente débordée à la fois par les cartons de pizzas, les cendriers pleins et les notifications MSN et avance qu’un dispositif de travail en ligne lui permettrait sans doute de rencontrer un psychothérapeute alors qu’elle ne ferait pas la démarche dans le monde en ligne.

C’est possible. Le drame, en France, c’est qu’il n’y a pas eu de travail d’échange entre les psychothérapeutes pour discuter de ce qu’il est possible de faire en ligne. Le résultat est que les psychothérapeutes qui travaillent en ligne le font dans la quasi-clandestinité. Je n’ai jamais pu discuter avec un psychothérapeute ayant une telle pratique, mis a part Jean-Pierre Bégue. Les deux ou  trois mails échangés avaient donné lieu à un article critique publié sur psyapsy. Ce manque d’échange est dommageable à la fois pour les disciplines considérées puisqu’elles ne sont plus alimentées par des échanges de travail. Mais peut aussi être dommageable pour le patient qui est engagé dans une pratique qui pose à son psychothérapeute des problèmes vis à vis de son groupe d’ appartenance.

Depuis 2004, on voit sur le web francophone fleurir quelques noms de domaines de thérapie en ligne. Certains thérapeutes sont sur des plates-formes d’hébergement gratuit : Jean Pierre Bègue est chez alice.fr ; Paul Zveguinzoff est chez free.fr. D’une façon générale, les sites sont très mal construits, et laissent paraître le peu de connaissance des psychothérapeutes du milieu dans lequel ils prétendent pratiquer. Je le dis tout net : faire un travail psychothérapeutique en ligne sans connaître la matière avec laquelle on travaille est une faute. Il y a un imaginaire, un réel et une réalité de l’Internet que tout psychothérapeute pratiquant en ligne se doit de connaître.

Coté patient, la situation est pire encore. La certification FF2P que certains mettent en avant n’a aucune valeur légale et les formules comme "professionnelle du secteur para médical de la Santé Mentale et Sexuelle" peuvent inspirer confiance alors que pour le psychologue elles sont plutôt suspectes.

Comment s’y retrouver ?

J’avais fait en septembre 2007 quelques recommandations à propos des pratiques cliniques en ligne, et elles me semble toujours d’actualité.

Si vous voulez faire une psychothérapie en ligne, sachez que c’est un travail qui est compliqué du fait même du média utilisé. Entre autres problèmes : la qualité de la relation, difficile à évaluer des deux cotés; la qualité du psychothérapeute; la confidentialité difficile à garantir de la même façon qu’au cabinet. Elle peut être rompue par des intrusions chez le thérapeute ou le patient, ou encore du fait d’une faille du dispositif utilisé (par ex. sur un forum).

 

  1. Evitez la psychothérapie en ligne si vous n’êtes pas à 200% à l’aise avec les dispositifs d’écriture en ligne (mail, chat, etc.) et si vous ne connaissez pas les
  2. Evitez les thérapeutes domiciliés par des hébergeurs gratuits.
  3. Vérifiez la qualité du psychothérapeute. C’est un point complexe. Chaque psychothérapeute doit donner a ses clients la capacité de vérifier ou de se faire une idée de son : diplômes, parcours professionnel. En France, les psychologues sont recensés sur le registre ADELI et les psychiatres au Conseil de l’ordre des médecins. Les institutions psychanalytiques tiennent des annuaires. Consultez les.
  4. Evitez tout psychothérapeute faisant des promesses inconsidérées : résultat garanti, rapide et sans difficultés
  5. Evitez tout psychothérapeute qui n’est pas identifiable hors ligne
  6. Evitez tout psychothérapeute qui n’est pas a l’aise avec les différents dispositif d’écriture en ligne
  7. Evitez tout psychothérapeute qui se fait payer d’avance.
  8. Evitez tout psychothérapeute dont le site affiche des bannières publicitaires.
  9. Evitez tout psychothérapeute qui mélange les techniques ou qui propose des techniques exotiques
  10. Renseignez vous sur la différence entre psychologue, psychiatre et psychothérapeute.
  11. Renseignez vous sur les codes de déontologie.
  12. Renseignez vous sur les recours légaux qui sont à votre dispositions. En cas de problème, il vous sera plus facile de faire valoir vos droits devant un tribunal si le psychothérapeute travaille dans le même pays que vous.
  13. Renseignez vous sur les prix pratiqués.
  14. Renseignez vous sur la façon dont le psychothérapeute stocke vos échanges : a t il un ordinateur dédié ? protégé ? comment ?
  15. Renseignez vous sur les procédures d’urgence a mettre en place : que faire lorsque le thérapeute est injoignable ? qui le psychothérapeute peut il joindre en cas d’urgence (tentative de suicide, délire, mises en danger de soi ou d’autrui) ?
  16. Evitez tout psychothérapeute qui n’est pas conscient de  ces difficultés